Sa vie

"La nuit je crois aux spectres, le jour je suis cartésienne."

    
     Marie Darrieussecq, jeune auteur prolifique expérimental, mère, normalienne, et exploratrice, est née le 3 janvier 1969. Elle a grandi dans un petit village de 300 habitants près de Bayonne au Pays Basque. Fille d'une mère professeur de français, dans un collège, et d'un père technicien, Marie Darrieussecq a profité de la grande bibliothèque familiale pendant sa jeunesse. A six ans, elle commence à lire et à écrire avec ferveur. Ses parents auraient été rassurés que leur fille aient un métier stable mais Marie rêvait d'être écrivain. Donc, après son bac de lettres et hypokhâgne, khâgne à Bordeaux, Marie intègre l'Ecole Normale Supérieure, rue d'Ulm: des années d'écriture dense pour lesquelles elle garde de très bons souvenirs: l'agrégation en 1992, pour laquelle elle a été reçue sixième en pestant ("tant qu'à me casser les pieds à passer un concours, je voulais être première, comme Sartre!").

     Tout en écrivant une thèse de Doctorat, elle écrit son premier roman en six semaines. Truismes connaît un succès mondial. Sa thèse, soutenue en 1997, s'intitule "Moments critiques dans l'autobiographie contemporaine. Ironie tragique et autofiction chez George Perec, Michel Leiris, Serge Doubrovsky et Hervé Guibert" sous la direction de Francis Marmande. Marie ne tient pas à la publier et elle nous donne quelques précisions: "'L'autofiction, un genre pas sérieux' est un article de narratologie hyper technique, paru dans la revue Poétique, au Seuil, en septembre 1996, exactement au moment de la sortie de Truismes. Ce pur hasard chronologique (les revues mettent parfois deux ans à publier un article) incite malheureusement beaucoup d'étudiants qui travaillent sur mes textes à chercher nécessairement un lien entre l'autofiction et mes romans. J'ai fait exprès, au contraire, de travailler sur un genre qui m'était éloigné, pour ne pas tout mélanger, et parce que justement ce qui m'était éloigné m'intéressait. Je suis un auteur de fiction et à part Le Bébé, qui est un récit pur sans aucun effet autofictif, l'imaginaire est mon domaine, même s'il est forcément nourri (comme chez tous les écrivains) de mon vécu, comme s'en nourrissent les rêves: de loin et métaphoriquement".  

     En fait, Truismes est son sixième roman. Les cinq premiers n'ont jamais été publiés et Marie les trouve impubliables (pas assez mûrs) mais admet volontiers qu'ils ont nourri ses romans suivants. Marie a commencé à écrire à l'âge de six ans, et elle a fini son premier "roman" à vingt ans, en 1990. Il s'appelait "Sorgina", ce qui veut dire "La Sorcière" en Basque. Jérome Lindon chez Minuit, ainsi que le comité de lecture de Gallimard, l'avaient remarqué et avaient encouragée son auteur dans la voie de l'écriture. Marie avait ensuite gardé l'habitude d'envoyer ses manuscrits par la poste, et l'attention des éditeurs l'a vraiment accompagnée et encouragée jusqu'à Truismes , qui fut accepté par 4 éditeurs (POL, Grasset, le Seuil, et la collection bleue de Jean-Marc Roberts, chez Fayard à l'époque). Elle a alors choisi cette "petite" maison qu'est POL, petite en taille mais exigeante et prestigieuse, et qui est à son avis unique en son genre. Marie se félicite encore aujourd'hui de ce choix.

     En dehors de la vie littéraire, Marie Darrieussecq a un penchant pour la musique, l'amour, les voyages, la science et la famille (son fils est né en 2001 et sa fille en 2004). Elle se dit "athée, féministe, et européenne". Quant à la science, elle s'est mariée deux fois: son premier mari était mathématicien, le second est chercheur en astrophysique. Marie dit: " La science enrichit mon imaginaire, m'apporte des images, des métaphores et des fictions pour rendre compte du monde". Les bouts du monde la fascinent - la Patagonie, la Tasmanie, l'Islande. On y trouve une espèce d'exil, semblable à l'isolement qu'éprouve un écrivain. Elle fréquente quelques amis écrivains mais, en général, elle choisit de mener sa vie un peu à l'écart du " milieu " parisien.

L'Avenir
"J'ai trente huit ans, la vie devant moi, et des tas de livres en tête."

    Après avoir occupé pendant trois ans (1994-1997) un poste de chargée de cours à l'Université de Lille, elle a décidé d'abandonner la carrière universitaire, c'est-à-dire de ne pas postuler pour un "vrai" poste. Depuis, elle s'occupe de plusieurs projets: roman, poésie, théâtre et, " peut-être, dans longtemps, un essai littéraire à ma façon ". Elle envisage un séjour prolongé en Australie ou dans les Aléoutiennes. Si Marie Darrieussecq n'a pas encore reçu de prix littéraire, cela ne devrait pas durer.

"A quoi sert un livre qui ne propose pas de voir le monde comme s'il se dévoilait pour la première fois?"
  

    Dans ses nouvelles aventures Marie Darrieussecq est aussi devenue psychanalyste en 2006. En 2007, elle a écrit une pièce de théâtre, Le Musée de la mer, dont la première s'est jouée en avril... à Reykjavik, en Islande, traduite par Sjon, le parolier de Björk, avec toute une équipe épatante, et montée par Arthur Nauzyciel, un metteur en scène de 39 ans avec qui MD travaille aussi à une adaptation d'Ordet de Karl Munk (jouée aux Carmes à Avignon en été 2007, avec Pascal Grégory).

    Après la publication de son roman Tom est mort en septembre 2007, Marie Darrieussecq a publié une traduction des Tristes d'Ovide chez POL en décembre 2008. Pour Marie Darrieussecq, il s'agit d' "Un écrivain mondain qui se retrouve du jour au lendemain chez les Barbares, au bout du monde connu (l'actuel delta du Danube), il y a exactement 2000 ans. Un rapport à la fois féroce et servile au politique, et une grande de liberté dans la tête. Belles lettres d'amour à sa femme, belles lettres d'amitié aussi. Et tout ça jusque là était traduit façon 'latiniste', avec des phrases pas possibles en français, alors que c'est de la très belle poésie, fluide, limpide."
 
-Marie Darrieussecq


Photo: Hélène Bamberger