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L'Europe des écrivains. La France de Christine Angot, Jean-Christophe Bailly, Marie Darrieussecq. 

Projection le jeudi 29 octobre 2015 à 20h au cinéma Le Saint-Germain des Près, Paris 6e et le 11 novembre 2015 à 22h30 sur Arte

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A propos de: "Il faut beaucoup aimer les hommes" par Marie Darrieussecq

Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. L’homme est noir, la femme est blanche. Et alors ?

« C’est quoi, un Noir ? Et d’abord, c’est de quelle couleur ? » A la question que posait Jean Genet, cette femme est confrontée comme par surprise. Elle-même découvre qu’elle est blanche : elle l’ignorait, avant. C’est la Solange de mon dernier roman Clèves, elle a fait du chemin depuis son village natal, dans sa « tribu » à elle. Le roman réserve d’ailleurs quelques surprises aux lecteurs de Clèves, même s’il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour entrer dans cette nouvelle histoire.

Et c’est quoi, l’Afrique ? Elle lit, elle pose des questions. Comprend qu’il y  a DES Afriques. L’homme qu’elle aime, Kouhouesso, est habité par une grande idée : il veut tourner un film adapté de Cœur des Ténèbres de Conrad, sur place, au Congo. Solange va le suivre dans cette aventure, jusqu’au bout du monde : à la frontière du Cameroun et de la Guinée équatoriale, au bord du fleuve Ntem, dans une sorte de « je ntem moi non plus ». La forêt vierge est très présente, sous l’œil d’une Solange qui se sent négligée, comme si les arbres n’étaient qu’un obstacle entre son homme et elle.

Depuis Truismes en passant par le Bébé ou Tom est mort jusqu’à Clèves, mes romans travaillent les stéréotypes : ce qu’on attend d’une femme, par exemple ; ou les phrases toutes faites autour du deuil, de la maternité, de la virginité... Dans Il faut beaucoup aimer les hommes cet homme noir et cette femme blanche se débattent dans l’avalanche de clichés qui entoure les couples qu’on dit « mixtes ». Le roman se passe aussi dans les milieux du cinéma, peut-être parce qu’on demande à un homme noir de jouer un certain rôle : d’être noir. De se comporter « comme » les Blancs attendent qu’un Noir se comporte. Et on demande à une femme de se comporter de telle ou telle façon : d’être une femme. Subliminalement, ils reçoivent en quelque sorte des ordres, ce qui crée des conflits entre eux. Solange et Kouhouesso, dans cette histoire d’amour, vont d’ailleurs découvrir que leur situation de « minorité » par rapport à un universel masculin et blanc n’est pas symétrique.

Mais ce roman est surtout, je crois, l’histoire d’une femme qui attend. Qui attend un homme. C’est le récit d’une sorte de maladie de l’attente : la passion.

Le titre est tiré d’une phrase de Marguerite Duras qui sert d’exergue : “Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter.”

  

   Marie Darrieussecq, Paris, France.

 

Photo Emmanuel Charles